Ce jour là au Madrillet, Joseph Frantz !

 

         C’était un dimanche matin, le 10 août 1963. Je terminais alors mon premier brevet de pilote (amateur !) et mon moniteur, Claude Baruffolo, qui avait à faire à Rouen, m’avait proposé de l’accompagner. Belle ballade en Jodel, en double bien sûr, mais qui avait l’avantage de rompre avec la monotonie des « ronds dans la campagne ».

 

         A cette époque, on se posait au Madrillet, où l’accueil était chaleureux. Un peu club-house, un peu bar de l’escadrille, en somme tout ce qui sied aux gens de l’air. Un jeune couple, comme mis au monde par un bel oiseau bleu, venait gentiment dire bonjour.

- « Nous ne faisons que passer, On nous attend pour déjeuner à La Baule… »

 

Dix minutes plus tard, un autre Jodel se posait à son tour et Jacques, le responsable de la  station,l’accueillait joyeusement.

- « Tiens, voilà le père Frantz ! »

 

Frantz ? Joseph Frantz ? Magique ! C’était bien le fameux « chevalier du ciel », échappé des nuages comme aux premiers temps. Il extirpa lestement ses 73 ans du cockpit. 

- « Salut les gamins. Je prends rapidement un verre et je me sauve, je dois être à Paris pour midi… »

 

Mais Jacques était convaincant. Il nous présenta, sollicitant pour nous (et sans doute pour la énième fois) le récit du jour fameux. Bien que « pressé », le glorieux vétéran ne se fit pas prier ;

 

- « C’était le 5 octobre 14. J’étais sergent à l’escadrille V 24 et j’avais Louis Quénault comme mécanicien. On était sur un biplan Voisin et on allait vers Reims. Pour la première fois, on nous avait monté une mitrailleuse Hotchkiss, dont Quénault était chargé. Jusque là, quand on croisait un boche, on s’approchait le plus près possible et on se tirait dessus à la carabine. Ce jour là, peu après Chalons, en voilà un, de boche. Il se présente avec sa carabine, et Quénault se met à tirer… tac…tac…tac… L’autre, il n’avait jamais vu ça et il n’a jamais eu l’occasion de le revoir. Le pilote touché, l’avion est tombé. Voilà. Bon, maintenant je me sauve ! »

 

 

Extrait du chapitre consacré à Robert Granseigne par Roger Biot dans l’ouvrage

« Fameux Normands, Normands fameux »

Dans le même chapitre :

Le mécano de Blériot

Pilote d’essai chez Bristol

 

Dans le même ouvrage :

Le jour où Paul Cornu fit décoller l’hélicoptère

 

Copyright Roger Biot, Editions PTC

 

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